Mots
Ma poésie se confond avec les arcanes de mon histoire personnelle, petite goutte d'eau dans la mouvance du monde, et c'est cela que je cherche, toucher l'infiniment petit et l'infiniment grand dans une sensualité des choses retrouvées au-delà des jugements de valeur, au-delà de ce qu'on en dit, au-delà de la maîtrise sociologique du monde. D'où la création du sens, création de vie avec les outils de la langue, création d'imaginaire et d’univers poétiques dont la ferveur renvoie à ces millions d'êtres rencontrés en chemin, pour certains accompagnés un bout plus ou moins long du chemin.
Ma poésie est mouvance dans le rapport à l'autre, cet autre non plus subjugué, cet autre qui sommes nous-mêmes observés et fréquentés avec curiosité pour une appréhension des rapports au-delà des jugements de valeurs qui enferment l'imaginaire, qui créent la peur et figent les distances. Structure de l'humain ?
Ma poésie survit d'une rive sur une autre rive, seuils d'un monde où les sens se construisent dans le rapport à l'autre.
Ma poésie est interrogation qui part d'une quiétude, inquiétude, biographie chahutée entre les rives de deux continents, Amérique du Sud et Europe, dans des rencontres qui m'ont construite en tant que femme, mère, professionnelle, enseignante. Ma poésie en langue française constitue des pans entiers de ma vie, poésie qui débroussaille des fragments/traces composites qui me composent dans une relation amoureuse, poésie-lieu d'observation du monde constitué au fil des temps. Dans ce sens, je suis une passionnée, amoureuse qui voit la vie démultipliée dans ses milliers de secrets à partir d'un substrat où il n'y a plus de jugement. Et voilà le chant entonné au détour d'une dentelle, d'une couleur, des retrouvailles avec sa fille, et de ses propres parents, visite dans des paysages cantonnés dans la mémoire des corps, rencontre avec l'homme aimé dans une sensualité où on devient un dans l'instant.
Ma poésie est écheveau tissé au cours de ma vie sur ces deux rives du néant vécu inténsement, espace que re-tracent des parcours individuels et historiques hérités... ah! héritages...
Ma poésie est lumière qui parle du monde, dans le monde, pour le monde, qui observe, temps de découvertes, de repérage, mouvance, mouvement, et vide, silence. Oui, dire le vide, cet interstice matriciel présent depuis la nuit des temps, temps reconstruit et reconstruit au jour le jour pour dire l'indicible.
Ma poésie est cet indicible sans autres mots que les maux portés, mots cachetés qui défont l'instant pour émerger autres et eux-mêmes par l'alternance des choses dites et redites qui ne seront plus jamais identiques.
Ma poésie est rythme espacé entre la limite si tenue du plein et du vide, de l'ici et de l'ailleurs, du connu et de l'inconnu, du présent et du passé, du cru et du cuit, qui s'estompent lentement au fil du temps, écheveau de fragments reconstitués par le travail incessant de recherche de sens par la poétesse. Dire, écouter, vibrer avec les langues de l'enfance, langues potentielles où les externalités demeurent insaisissables, contours fluides qui nuancent ma pensée.
Ma poésie est ébauche du temps d'avant le temps, ébauche de faire, ébauche du possible, ébauche de l'interrogation sur le monde, du monde, interrogation que j'ai faite mienne depuis des années, interrogation que je porte en moi, secret dit dans le non-dit que je livre, c'est ma poésie.
Marseille, 2005