José Emilio Pacheco, Mexico
Et la poésie d'Amérique Latine, ce qui s'entend généralement par poésie en langue espagnole est tout un continent... Je viens de lire le poète mexicain José Emilio Pacheco qui dans son "En resumidas cuentas", en fait "Tout comptes faits", ou bien "Solde de tout compte" nous régale de petits bijoux poétiques.
Cette anthologie publié par les éditions Era, au Méxique présente l'ensemble de l'oeuvre de cet auteur depuis les années 1958 jusqu'à l'an 2000 comme l'indique le sommaire.
Et de petit bijou en petit bijou, j'ai eu envie de transcrire quelques-uns des poèmes. Car, ma question est : comment parler d'un poème sans tomber dans le métalangage vide de sens, et sans tomber non plus dans ce qui est de la copie du poème dit autrement ? Comme la poétesse paraguayenne, Susy Delgado, dit dans un de ses poèmes en bilingue, castillan et guarani, et que j'ai traduit en français :
"Un tison
je cherche
dans les cendres de l'oubli
Dans le creux du tison absent
je retourne, j'avive,
j'éparpille
cendre froide,
cendre obscure,
cendre...
Un tison
je cherche
pour enflammer le feu..."
Ce que je cherche à enflammer est la langue française.
Ainsi, José Emilio Pacheco, manie la langue comme un virtuose et ne se laisse pas enrober par l'objectivité des mots, ou bien la réalité qui serait derrière eux. Tout en finesse, José Emilio Pacheco pétrit de sa main sa réalité quotidienne, et ce faisant, il nous parle de notre vie à nous tous, du temps qui passe, de ce qui est composé de ces instants infimes et précieux que bien souvent nous ne voyons pas (ou ne voulons, ne pouvons voir). De la grande poésie contemporaine, même si derrière ce mot il n'y a aucune connotation.
Alta Traición
No amo mi patria.
Su fulgor abstracto
es inasible.
Pero (aunque suene mal)
daría la vida
por diez lugares suyos,
cierta gente,
puertos, bosques, desiertos, fortalezas,
una ciudad deshecha, gris, monstruosa,
varias figuras de su historia,
montañas
- y tres o cuatro ríos.
Ana Rossi, Avignon, janvier 2009, réécrit en mars 2009