ana rossi & cie...


Médiathèque de Bron (Lyon), 16-17 Mai 2008


Le soir tombait, et le jour était pluvieux lorsque j'arrivai à Lyon par le train, et qu'ensuite je pris le tram pour me rendre à la Médiathèque de Bron et animer l'atelier d'écriture poétique. Une grande envie, et beaucoup de questions. "Temps, voyages et exils", voilà le titre proposé. Tisser des liens, encore et toujours autour des tisserands et tisserandes du mot, de la parole écrite, et dite également. Des mots pour tisser, décliner "temps" avec "exil", et "voyage", autour des poésies. Faut-il ajouter le pluriel ? L'objectif de l'atelier était de faire jaillir la voix, les voix (avons-nous une ou plusieurs voix ?) autour de liens inséparables.

Le temps des poètes et des poétesses est multiple et pluriel lorsqu'ils et elles cherchent un ailleurs dans le moment présent, comme j'aime à le dire. 


Ainsi, j'ai sélectionné des fragments de poètes : Friedrich Hölderlin (et oui, pourquoi ne pas se pencher sur les textes d'avant ?) avec son portrait de "Rousseau". De même, Blaise Cendrars qui rédige le "Portrait" (que n'écrit-il le peintre dans son atelier et son travail de production artistique ?). Egalement, Apollinaire avec le poème "Zone" ("A la fin tu es las de ce monde ancien") tellement vu, lu et relu en cours, que je revois la forme physique de Paris, du monde, mais surtout, et voilà le bonheur, du poème. Aussi, Ponge, et son "Ustensile" et sa "Pluie", dans une écriture plus technique qui cache, dans une lecture trop rapide, toute la poésie du texte. Et, voilà à nouveau Apollinaire avec "Rosemonde", cette passante surnommée Rosemonde, la "rose du monde". Breton y était aussi dans nos choix avec "le Verbe Être", et enfin, Césaire, et la mémoire de l'enfance revisitée avec Cahier d'un retour au pays natal.

Et des consignes, beaucoup de consignes adaptées aux différents poèmes, et d'autres plus libres.

Le résultat : Une profusion de poèmes très personnels ont jailli des plumes de chacune des participantes. Beaucoup d'émotion dans la formulation d'un texte qui est à chacune de nous, et en même ne l'est plus.

Et aussi, un beau bébé intitulé :

"Part----ition de mots"


nom : atelier
prénom : écriture
nationalité: langues poétiques
lieu de naissance : bron
date de naissance : 16-17 mai 2008
nombre de soeurs : 7


des mots
des voix fusent
douleurs sueurs rythmes
pas à pas
la valse
s'ajoute aux mémoires des mots
 sensations émotions
et dans le long----temps
enfouissements de lumières

part----ition de mots
part----ition de maux
part----ition musicale
dans la chaux de l'instant
les devenirs vont
scrutant leurs passés
fleurs puisées dans "bahut" "dahu"
le dictionnaire déterre
ce qui est
et n'est pas dit
ce qui est
et est prisonnier

l'écriture pongienne
s'étend
sur l'espace
immensité des voix
dire
dire
d'abord murmure
et puis affirmation
forte
dans des intonations multiples
quatre figures d'exil
doigts brûlés
temps pluriel au présent
l'écoute est
dicible dans le nommable
et constitue
les musiques
poétiques

les consignes commencent
avec hölderlin
d'autres suivent
au fil effilé de temps
et de la côte du poème
jaillit de l'ailleurs
le jaillissement de soi
et la voix se mue en mémoires
mémos
larmes temps
d'émotions
où affleure à fleur de peau
les associations dans le temps pluriel
dont personne ne parlera jamais
et qu'importe

l'important est le dire
et puis
la partition reprend
affinage raffiné de voix en soi qui s'accordent
au son de chaque consigne
les mots creusent leur place
les voix occupent le temps
si long----temps tu
si long----temps absent
si long----temps présent

pourtant si  présent
il est temps de les réveiller
car temps de parler
temps d'hurler
s'il le faut avec les mots
des poésies

la poésie puise dans le quotidien
récupère des voix multiples
retour sur soi
sur ce qu'on a été
ce qui fut
passé rendu au présent
temps de narration
temps de vie
retour aux mots
à nos mots
qui composent la partition
de chacune en son devenir

la voix affleure la peau
et telle une aiguille
au-dessus en-dessous
travaille des blancs incontournables
mais qu'il y a avait-il
avant
dans le temps d'avant
et la question est déjà espoir
enfoui dans la mémo---ire de la jeune fille
enfance guerre pierre
mémo----ires multiples de mère et de grand-mère
mémo----ires de blasons et de fierté familiale
étouffements enfantins non entendus
écartèlements rendus
et l'aiguille passe au-dessus de la peau
en-dessous de la peau
prend la fourchette-arme
respiration d'ailleurs
viens

eau minérai de vie
et colette glisse
fille dans la mère
mer petite fille avec sa poupée en porcelaine
qui charrie ses mémo----ires
le chant se fait jour
dans le journée humaine
personne
ne te sait dire ton chemin

copyright Ana Rossi

Bron-Avignon, Mai 2008